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Cornemuse du Berry, comme celle du Bourbonnais
et du Nivernais, possède deux bourdons
pour soutenir la mélodie exécutée
sur le hautbois. La tonalité du hautbois,
liée à la longueur de celui-ci
pouvait être très variée,
et les cornemuseux jouant souvent seuls,
ignoraient les problèmes d'accord
avec un autre instrument.
La
cornemuse à haut bois de 13 pouces,
qui est en tous points semblable à
la Chalemie décrite par Mersennes
au début du XVI le siècle,
semble avoir été la plus employée
par les sonneurs du Berry. Joseph Fleuret
(photo ci-contre) a joué sur hautbois
13 pouces dans sa jeunesse, puis a sacrifié,
au début du siècle, à
la mode des hautbois en 16 pouces, venue
du Bourbonnais. Ces derniers sont pratiquement
les seuls utilisés aujourd'hui.
Abel
Langeron d'Allouis jouait sur hautbois 14
et 18 pouces, plus répandus en Haut-Berry.
Quant aux grandes cornemuses de 22 pouces,
celles des "Maîtres Sonneurs" de George
Sand, elles étaient sans doute très
rares dans notre région.
Bien
que la cornemuse ait été de
longue date l'instrument populaire prédominant
en Berry, nous n'avons pu retrouver la tradition
ancienne qu'auprès de 3 ou 4 cornemuseux,
dont Joseph Fleuret des Loges de Brenne
à Ardentes.
Pour lui, tout a commencé lors d'une
noce de campagne vers 1890. Joseph, alors
âgé de 6 ou 7 ans, est subjugué
par le ménétrier de la noce,
Jean Ragot, cornemuseux. Ce souvenir n'est
pas près de le quitter et dans les
mois qui suivent, pour satisfaire ce besoin
impérieux de musique, il s'essaye
à jouer quelques petits airs sur
des " flutiaux " en paille de seigle, tout
en gardant ses vaches.
Quelques
années plus tard, il fait connaissance
du Père Bonnaud: ce roulier, que
l'exercice du métier amène
à courir au loin, passe régulièrement
chez "Plumet" de Nohant-Vicq et lui achète
quelques hautbois de sa fabrication, pour
les revendre dans d'autres contrées;
Joseph a économisé 100 sous
et achète donc son premier hautbois
au Père Bonnaud. Cet instrument de
bois blanc ne sonne guère mais le
comble de joie; désormais notre musicien
sera de toutes les fêtes du pays,
sonnant avec une ardeur peu commune pour
un si jeune garçon.
Mais le rêve, c'est la musette entière
avec son sac, ses "bois" et comme la passion
arrive toujours à infléchir
la marche des choses, le rêve se réalise.
II apprend par un couvreur d'Ardentes, que
3 cornemuses " dorment " dans le grenier
d'une maison de Fougerolles ; le père
Jacquet travaille justement à cette
toiture et se fera un plaisir d'en rapporter
une à Joseph... en échange
d'un sac d'avoine! L'hiver arrive et Joseph
fait danser la jeunesse tous les dimanches
au cabaret des "Loges" en bordure de la
forêt de Châteauroux.
Les
recettes dominicales sont bonnes et passent
rapidement de 40 sous à 3 francs
puis à 100 sous, le souper en plus
! Le bal fini, il regagne en pleine nuit
et "de son pied" le petit domaine paternel
où tout le monde se réjouit
de ses activités. II aura rapidement
de quoi acheter une musette neuve. Sa notoriété
grandit et Martin, le cornemuseux d'Ardentes
le recommande à monsieur Augras,
Président fondateur de la Société
des "Gâs du Berry" à laquelle
il adhère en 1901.
Sa
première sortie (en diligence) est
Aigurande: Joseph a tout juste quinze ans.
Par la suite et jusqu'à sa dernière
heure, survenue en novembre 1976, ses activités
de musicien se confondent en partie avec
celles de la "Société". Avec
Joseph Fleuret, sonneur jovial, sincère,
ardent, au langage vert et imagé,
le Berry perd son dernier cornemuseux traditionnel.
Texte
extrait du livret du disque:
"Anthologie de la musique traditionnelle
Française"
"Musique traditionnelle du Berry"
- Les Thiaulins de Lignières -
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